Pour retracer les origines des bols tibétains ou « bols chantants », nous devons d'abord nous intéresser à  l'histoire des bols en général en faisant abstraction du terme « chantant ». Le bol n'a jamais été conçu pour « chanter » tel qu'il existe aujourd'hui. L'adjectif chantant est apparemment une « nomination spontanée » datant des années 1960. Mais auparavant les bols existaient  depuis des millénaires à travers les civilisations du monde et ses premiers usages remontent aux religions de l’Antiquité et bien au-delà à l'âge de pierre et à la préhistoire.

Le Bouddha Shakyamuni Siddhartha Gautama, qui a vécu il y a 2500 ans, est souvent représenté dans les peintures Poubha et Thangka tenant un bol tout comme les moines qui l'utilisaient pour recevoir l'aumône des villageois.  Les divinités bouddhistes tibétaines sont également représentées comme tenant souvent une coupole et des bols, tandis que la "Shakti" ou les déesses mères hindouistes tiennent également des tasses et des bols dans différentes postures pour signifier leur statut divin.

Bouddha Médecine avec un bol de potion

Bouddha Médecine tenant un bol de potion dans sa main gauche

Des bols ainsi que des vases et autres récipients ont été utilisés pour un large éventail de fins spirituelles et religieuses dans les temples, les monastères et les églises, tout en servant également d'ustensiles de cuisine à l'intérieur des maisons. Qu'ils soient utilisés dans des rituels animistes ou bien pour recevoir des offrandes dans les autels des monastères, les bols ont existé partout dans le monde. 

De nos jours, les bols continuent de faire partie intégrante de la vie quotidienne dans les cultures culinaires traditionnelles d'Asie du Sud et d'Asie. Dans les États de l'Assam en Inde et dans la culture népalaise, la tradition consistant à offrir des bols, des assiettes, des casseroles et des vases métalliques aux jeunes mariées se poursuit, car le métal est considéré comme une richesse pratique qui peut également être vendue ou échangée contre de l'argent pendant moments de besoin.

Pour comprendre l'histoire des bols dans le contexte népalais, il faut d'abord comprendre l'importance de l'expertise des artisans népalais dans la fabrication de alliages de qualité. Pour cela, nous devons remonter le temps jusqu'au passé antique. Les preuves historiques écrites népalaises remontent à 424 après JC à l'époque de la dynastie Licchavi (5ème - 9ème siècle). Une petite inscription en pierre trouvée sur le site du temple Changunarayan sur les flancs nord-est de la vallée de Katmandou raconte l'histoire du roi Manadev qui a fondé le royaume et établi le commerce dans la région. L'épanouissement des arts népalais et la culture de l'époque prouve que les échanges commerciaux entre ses voisins du nord et du sud étaient bien établis. Puis vinrent des biens, une culture et une tradition qui se sont également implantés dans la vallée pour les siècles à venir.

Au cours des siècles suivants, le Népal et le Tibet ont continué à partager des liens économiques forts notamment grâce à l'expertise des artisans de Katmandou dans la réalisation d'alliages de qualité. Le Népal frappait des pièces de monnaie tibétaines à la fonderie Taksar Karyalaya dans la vallée de Katmandou jusqu'au milieu du XIXe siècle. Les Tibétains fournissaient de l'argent pur et les maîtres artisans népalais en mélangeaient la bonne quantité pour maintenir le poids et la forme des pièces, pour ensuite l'exporter vers le Tibet. En retour, les népalais prélevaient leurs bénéfices sur l'argent restant. Les liens artistiques, culturels et commerciaux se sont poursuivis parallèlement avec le versant sud de la vallée. Le phénomène d'embauche de métallurgistes d'aussi loin que le Bengale occidental et l'Assam semble indiquer que ce genre d'échange avait existé tout au long des siècles.

Origine du bol "chantant"

La vallée de Katmandou est le lieu d'origine du bol chantant. Comme décrit ci-dessus, jusqu'à ce que tous ces bols arrivent au Népal, ils ne s'appelaient pas "bols tibétains" ou bien "bols chantants". Tous les bols - du Manipur, de l'Assam, du Bengale, de Deharadun, du Tibet, du Népal et d'ailleurs - auraient reçu leur nom de bol chantant en plein cœur de Katmandou à Basantapur Durbar Square d'un jeune vendeur, Jit Bahadhur Shahi, qui a simplement trouvé un nom spontané parce qu'il ne savait pas quoi dire à propos de ces bols lorsqu'on lui a demandé ce que c'était. Mais il savait qu'ils sonnaient bien et tout le monde semblait aimer leur vibration. Il a donc collecté tous les vieux bols - grands ou petits et les a polis pour leur redonner vie.

Qu'est-ce qu'un bol "tibétain"?

Traditionnellement, les fonctions des bols dans les monastères étaient limitées à l'offrandes de nourriture et de vin aux divinités ou dans la cuisine et les espaces domestiques pour consommer des repas et de la soupe. En fait, le bol tibétain n'est qu'un nom alternatif populaire du bol chantant. Étant donné que les bols vendus à Katmandou dans les années 1970 provenaient principalement du Tibet, il est probable qu'ils aient trouvé de tels noms. Cependant, on prétend que ces bols ont été importés au Tibet depuis les périodes médiévales à l'apogée du commerce Népal-Tibet. Puis pendant la crise des réfugiés tibétains au milieu des années 1950, lorsque les Tibétains ont commencé à affluer dans la vallée de Katmandou, ils ont emporté avec eux des objets qui pouvaient être facilement transportés.

Des bols en alliage provenant de maisons et de monastères tibétains ont ainsi été vendus aux marchands locaux du Népal à bas prix. Lorsque les touristes occidentaux ont commencé à arriver dans l'Himalaya et ont atterri à Katmandou, ils ont trouvé ces objets amusants et ont commencé à les acheter.

Bol chantant et musicologie et thérapie

Il est intéressant de noter que dans la méthode thérapie par le son des bols, ses principes fondateurs, idées et philosophie sont basés sur l'héritage musical Newari.  Les fabricants d'alliage et les décorateur sont également des artisans Newar. Certaines fonderies obtiennent des conseils spécialisés de guérisseurs sonores népalais et étrangers qui souhaitent expérimenter avec différentes combinaisons de métaux pour obtenir les meilleurs tonalités. Mais en général, au Népal, ce sont les Newars qui ont contribué à sa production et à sa valorisation d'un point de vue musicale, spirituel et thérapeutique.